Le corps… dans sa ferveur
On dirait une femme qui court avec les loups, du livre éponyme de Clarissa Pinkola Estes ; des estampes japonaises. Il y a toujours quelque chose de japonisant dans l’art de Nada Matta, cette interaction entre l’onirique et le vivant, les arbres, les feuillages, les interstices, stellaires ; le ciel et aujourd’hui le corps ; non seulement de la femme, de la femme et de l’homme. Les interstices Interstice entre ces deux corps qui se mêlent ; interstices de vie, d’explosion du vivant. On ne peut pas séparer la nature du vivant. Le corps humain en fait partie. Il devient doublement vivant quand il vient au contact de l’autre. Il y a ceux qui dépeignent le corps de la femme : la femme douce, la femme sauvage et puis il y a cette autre chose, les deux ensemble, unis. La sensualité, la jouissance, la fragilité, la palpitation du vivant. Sans ostentation toujours en suggestion, Nada Matta ose peindre le kama sutra ; après tout il vient d’Orient et Nada Matta est orientale.
L’artiste, mère de sept enfant, qui n’a eu de cesse pendant des années de peindre les arbres , parmi lesquels elle demeure, et la puissance de la nature et du féminin, fait aujourd’hui le lien entre le féminin le masculin et l’ode à la nature. Une ode au vivant dans toute son incarnation. Dans les pas de Huguette Caland, mais peut-être avec un pas de plus, elle est une des rares libanaises résidant au Liban à s’aventurer sur le terrain de l’éros dans une représentation aussi directe même si matinée de sa propre signature, qui ne vise pas que la représentation mais aussi la création de tout un univers. C’est pour cela qu’elle a choisi d’exposer dans Mission Art, l’espace ouvert par Toufic El Zein, il y a quelques années.
Dans cette exposition, l’artiste poursuit la célébration du vivant par la célébration du corps, de l’exultation, en réalité une célébration de l’intime et de l’abaissement des masques que cela suppose, conditions nécessaires pour accéder au vivant. Elle écrit dans son texte d’introduction de l’exposition : « Alors les poils se transforment en fleurs, les marques sur la peau en constellations, et les jambes en queue de poisson. L’apparence s’efface, laissant place à une communion d’émotions. De cette fusion nait une poésie vivante ». Fête et fragilité du corps, fête des sens comme une pluie fine qui inonde doucement le mouvement des toiles de Nada Matta. Fines comme la vulnérabilité et l’intimité qu’elle revendique. « La nature, modèle de résilience et d’acceptation de soi, m’inspire profondément » écrit-elle. Avec le temps, j’en viens à penser que c’est dans l’intimité, dans ce partage silencieux, dans cette vulnérabilité assumée, que se révèlent les plus belles facettes de notre humanité (…) Dans un monde ou les sensations profondes sont souvent reléguées à l’arrière-plan, mon art aspire à célébrer l’envoutement de la complicité charnelle, suspendant un instant le temps dans un dialogue silencieux entre l’artiste et le spectateur ».
L’affiche met en avant des pieds qui flottent, qui se délestent de la gravité mais qui semblent irradier d’éclats de jouissance, de communion. Récepteurs les plus innervés, ils sont l’accès à la sensation et à la connexion au vivant. Dans l’entremêlement des corps, ils s’élèvent pour donner accès à cet univers méta qui anime le pinceau du peintre.




