Chère Mamie – Lettre de confinement

Article : Chère Mamie – Lettre de confinement
7 mai 2020

Chère Mamie – Lettre de confinement

En lisant qu’il faut écrire des lettres pour personnes en EHPAD , j’ai envie de vous raconter l’histoire de Mal de Pierres, de Milena Agus, une histoire d’amour et de tendresse, entre fantasme et réalité, dans un milieu un peu clos, confiné comme le vôtre avant le confinement  –  ça se passe dans un centre d’eaux, de cure, plus silencieux, plus aquatique , qui invite donc à la fluidité,  à la mouvance et au glissement. Les belles choses qui peuvent se déployer dans ces milieux à l’ abri de la frénésie quotidienne des gens du dehors, embarqués dans ces machines  du monde post-moderne comme les souris… qui ne pensent pas, ou pas trop. Et puis ces univers confinés qui sont moins violents, car plus ralentis.  J’ai aussi envie de vous raconter l’histoire d’Anouk Aimée dans ce film de Philippe Claudel, Tous les soleils, cet homme qui venait faire la lecture a une dame en EHPAD ou en hôpital, je ne sais plus, et tous les soleils qui en naitront. Ce sont ces images qui me sont venues d’emblée à l’esprit en pensant à vous en EHPAD.

Je vous écris du Liban avec l’envie d’infuser dans vos journées un peu de pays, de littérature, d’images ensoleillées et de cinéma. Et pourtant, ici ce n’est pas le coronavirus qui tue le plus, mais la crise économique et financière unique, dans laquelle nous sommes engouffrés à cause de dirigeants maffieux de la guerre et de l’après- guerre. Je pense à la France et à ces personnes comme vous. Je vis seule aussi, chez moi, mais personne ne vient me rendre visite non plus, à cause du confinement. Alors, je regarde une étoile qui apparait dans le ciel presque tous les soirs et j’essaie de me dire qu’elle fait signe d’espérance, de quelque chose de plus grand, de plus stable qui reste. J’ai écouté Le Petit Prince en livre audio, pendant  quelques soirs et ça m’a fait du bien ; un peu de douceur. Lui aussi parle d’étoiles, j’avais oublié ; je me souvenais du mouton.  Je regarde le ciel qui devient d’un bleu profond au crépuscule à tel point  qu’il m’attire, m’aspire presque et le matin, indigo presque, tant l’air est purifié. Beyrouth est une ville polluée, bruyante et chaotique mais malgré ça et peut-être à cause du confinement et de ce que le ciel est ciel, partout ; eh bien, le ciel et l’atmosphère se sont purifiés. Alors, je les regarde, les contemple. Sur les bords des routes, des plantes poussent partout ; la nature reprend ses droits dans la ville de ciment sans un seul arbre. Et les oiseaux pépient à tue-tête comme jamais. Eux aussi, je les écoute beaucoup durant le confinement.

Je pense à vous comme je pense à mes grands-parents que je n’ai jamais connus ; ils étaient déjà tous partis de ce monde quand je suis née et je vous avoue qu’en ces temps de coronavirus en particulier, je ne sais pas pourquoi, nous avons plus parlé d’eux avec mes parents et je me surprends à m’imaginer qu’ils veillent sur nous de la- haut. J’aurais aimé connaitre la douceur et la bienveillance qu’une personne de votre âge  peut nous apporter à nous plus jeunes, mais plus si jeunes non plus. J’aurais envie de me réfugier dans la présence aimante d’une personne comme vous qu’elle soit en EHPAD ou pas. Je vous salue avec beaucoup d’affection depuis Beyrouth également confinée. Portez-vous bien, nourrissez-vous bien et écoutez de belles histoires, si c’est possible.

Et si vous avez envie de m’écrire à votre tour, n’hésitez pas. J’aimerais vous lire

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