Une note de Bleu dans la nuit de Beyrouth

Certaines institutions ont du charme et le conservent. Ce n’est ni l’âge, ni le décor qui compte, c’est l’esprit. Lui n’a pas changé, il est toujours passionné, libre, ouvert, accueillant… Le Blue Note, rue Makhoul, derrière l’Université Américaine, célébrait ses trente ans le 4 décembre dernier avec musiciens, amis et médias. Les musiciens, habitués, étaient en verve; ils jouaient un peu pour eux, entre amis. Le batteur Walid Tawil s’éclate,  Alecco Habib retrouve Alecco’s, Charbel Rouhana s’essaie  à de nouvelles gammes, Issa Ghoraieb a le regard qui brille… Arthur Satyan, Avo Toutunjian, Hani Siblini, Abboud Saddi, Issa Ghoraieb, etc, ils étaient tous là au rendez-vous, jazzmen, batteurs, saxophonistes, pianistes, guitaristes, oudistes… Tout à leur musique et à l’écoute les uns des autres. Soirée de feu : les esprits sont joyeux, la musique est excellente, les convives sont conviviaux, et on picore et on picole, évidemment, au moins un peu.  Parmi cette faune toujours aussi prolixe et émouvante, on fait également la connaissance de nouveaux visages, ou plutôt de nouvelles voix, féminines, montantes, comme celles de Chantal Bitar et de Scarlett Monzer.

Il est vrai que les photos accrochées aux murs attestent d’une autre époque; leur patine et leurs côtés un peu écornés y participent. De grandes pointures du jazz américain comme Chico Freeman, John Hicks, Andrew Hill, Sonny Fortune, Eddy King sont venues jouer ici, dans les années 90 et jusqu’en 2005 environ. Ils sont plus rares les étrangers qui s’y produisent maintenant. Question économique sans doute : le Blue Note ne contient que 65 places, et le pouvoir d’achat des libanais est en berne depuis plusieurs  années déjà. Mais les goûts ont changé aussi – celui pour le jazz a besoin de se cultiver… Les jeunes générations y seraient moins sensibles. Le maître de céans, Khaled Nazha, s’adapte. Il s’est mis au goût du jour, à l’orientale, par exemple, prédominante dans la programmation actuelle du Blue Note. Le lieu fait la part belle notamment à Anas Sabah Fakhri, établi au Liban (fils de Sabah Fakhri, célèbre chanteur de musique traditionnelle alépine, et de Chantal Bitar, chanteuse du tarab contemporain) mais aussi à Aziza, qui réveille tous les déhanchements.

Et puis, la musique libanaise prend clairement son essor. Même s’il est plus difficile de ramener des artistes étrangers, il y a de quoi faire sur la scène locale, et pas qu’en musique orientale ;  certains de nos musiciens s’exportent, aussi. Le batteur Pearl – un label très demandé –  Walid Tawil, un des pionniers du Blue Note, est sollicité ici et là de par le monde, tout comme de plus jeunes artistes. Ceux-ci vont de plus en plus se frotter à des publics, et jouer pour leurs compatriotes établis sous d’autres cieux. La musique réunit.

Ainsi, le Blue Note remplit-il. Au-delà de sa fonction de lieu d’écoute musicale, il remplit sa plus noble mission, celle de découvreur et de promoteur de talents, chanteurs et musiciens, de toutes générations et de tous horizons. Et reste bien sûr lieu de rencontres, voire de retrouvailles. Pour les âmes en quête de plus de connexions, avec son coté intimiste qui n’est pas le fort de l’époque, la survivance d’un tel repaire fait du bien. Les plats du jour à 17000 LL qui y sont inscrits à la craie blanche sur l’ardoise font aussi du bien. Il y a encore un peu de chaleur et une suspension du temps dans les petites boites à musique comme le Blue Note, dans une époque de métal et de consommation massive et rapide.

Car la musique est au-delà du temps.

«Orphée  sait que la musique s’élève quand le langage se tait enfin.» *

 

* Charles Pépin, philosophe

Le salon du livre francophone de Beyrouth, au-delà de la vase du rivage

 Celui qui s’attache à l’obscurité a peur de la vague.
Le tourbillon de l’eau l’effraie.
Et s’il veut partager notre voyage,
Il doit s’aventurer bien au-delà du sable rassurant du rivage.
Hafez

 

S’il est complètement inscrit dans notre temps, ce Salon du livre 2017 nous a laissé aussi entrevoir autre chose, tout comme Les passeurs de Daraya de Delphine Minoui, laquelle nous a fait la grâce de sa présence à ce salon. Les passeurs sont  ces livres, ces journalistes, romanciers, engagés auprès des femmes, des humains et surtout de la liberté tout comme Darina El Joundi, comme Eric Emmanuel Schmitt, comme Leila Slimani, etc. Ils étaient tous là au Salon –  merci d’être venus, merci d’être là.

« Si nous lisons, avant tout c’est pour rester humains », dit à Delphine Minoui, un de ces passeurs syriens, bloqués dans Daraya assiégée et affamée.

C’est sans doute cela qui explique la haute fréquentation du Salon cette année; le besoin de retrouver l’humain en soi dans un environnement qui l’est de moins en moins.

Une messe commerciale, le salon du livre de Beyrouth ?

Si le salon du livre n’a rien des cercles littéraires des Lumières et qu’il pourrait ressembler de l’extérieur  à une grand messe commerciale, rien que par le lieu de sa tenue  le BIEL ; il s’est tissé dans cet espace temps des liens, des échanges ; qui auront allumé des petits feux.  Le livre en partage crée un lien, sans doute plus fort que le vélo en partage ou la mode en partage – juste à coté se déroulait le salon de la mode.  Les  lettres ont ceci de particulier qu’elles mettent  du baume sur la violence ; de la lenteur dans une actualité emballée.

Al Joundi, Slimani, Minoui,  dénoncent la violence ; de la guerre, de l’hypocrisie sociale, la violence contre les femmes et les plus vulnérables, la violence contre les plus libres ou ceux qui aspirent à le devenir. Par leurs mots, elles y mettent cependant un oignement et elles invitent surtout, au delà de ceci, à l’action. Pour les féministes, il s’agit de droits et de lois qui changent ; pour la journaliste, il s’agit d’une communauté internationale qui se mobilise pour faire cesser les massacres. Pour toutes, il s’agit d’avoir le courage de dire et de réclamer, de s’engager, de ne pas faire comme si de rien n’était

Est- il possible de ne pas témoigner une fois qu’on sait ?

«Faut-il se contenter d’être les témoins impuissants d’une barbarie sans pareil ?» s’interroge Minoui dans Les Passeurs de Daraya. 

Sa réponse est vite tranchée. Si les livres sont «une arme d’instruction massive qui fait trembler les tyrans» pour reprendre la formule de la journaliste, c’est sans doute parce que les mots sont les  éradicateurs de la pensée unique. C’est aussi parce qu’ils permettent de recouvrer la mémoire, la vraie; non l’officielle, comme celle que le régime Syrien au pouvoir depuis de nombreuses décennies avait entretenu, au détriment de toute autre littérature, à un point tel, que les jeunes Syriens avaient perdu tout intérêt pour  les livres – n’ayant accès qu’ à  des textes à la gloire du régime et  qu’à une information partielle et partiale. Paradoxalement la guerre leur a donné le gout des lettres  et leur en a surtout fait découvrir le pouvoir.

Et celui qui viendrait avec, celui de l’esprit, de la  liberté de penser ; indomptable, même quand on a tout perdu comme c’est le cas pour la plupart d’entre eux. La lecture comme un acte subversif et apaisant tout à la fois, «une page  ouverte sur le monde lorsque toutes les portes sont cadenassées».

Pour ces jeunes qui «s’accrochent aux livres comme on s’accroche à la vie», ceux ci deviennent la vie alors que pour d’autres ils sont la mort : «la chair est triste et j’ai lu tous les livres» (Mallarmé).

Question de perspective. Question de perspective également: le partage et la complicité, l’intimité collective qui se développent dans le quotidien entre ces jeunes activistes, au plus haut du siège et de la violence, ont quelque chose de lumineux.

C’est précisément pour rester en contact avec cette part de lumière en soi, que ces jeunes lisent. Ils sont conscients de ce que «la guerre est perverse, (de ce qu’) elle transforme les hommes, (de ce qu’) elle tue les émotions, les angoisses, les peurs. (De ce que) quand on est en guerre, on voit le monde différemment» ; selon les mots mêmes de l’un de ces jeunes héros du quotidien, lesquels découvrent également, au gré de leurs lectures la page lumineuse de l’Orient dont ils viennent, celui des philosophes, des poètes, des médecins ; cet âge d’or du Levant, dans lequel nous emmène aussi Darina El Joundi, dans son livre Prisonnière du Levant, qui relate l’histoire poignante de May Ziadé – dont le grand public ne sait pas grand-chose hormis qu’elle fut la muse de Gebran et une femme de lettres.

On a du mal à imaginer cette Égypte là, cet Irak là,  il n’y a pas si longtemps. Et on a mal de constater que les propos de May Ziadé s’appliquent encore au Levant d’aujourd’hui qui a beaucoup plus d’un couchant; que la société est toujours tout aussi patriarcale, que les lois sont toujours tout aussi iniques vis-à-vis des femmes et des plus vulnérables, que la liberté se paie au prix fort dans cette partie du monde : l’internement, la mise au banc, l’assassinat, etc, comme cela a encore été  le cas il y a quelques jours, en Égypte, pour ces soufis en prière, comme c’est le cas pour les journalistes défenseurs de la liberté d’expression au Liban. Un siècle pour rien. Un siècle pour ça.

Sommes-nous condamnés à partir lorsque l’on ne se fond pas dans le moule ?

Comme l’a  fait Darina el Joundi, comme l’ont fait beaucoup de femmes libres et de dissidents de chez nous ? Doit-on avoir peur des siens lorsqu’on ne leur ressemble pas, comme Assem el Joundi, le père de Darina, en partance perpétuelle car traqué par un régime, au delà même de ses frontières ; privé de sépulture en son pays,  ou il avait demandé à être enterré, en dépit de tout? Cruauté d’un Orient qui pousse ses enfants les plus prometteurs à l’errance ou à l’exil; pour échapper à la mort, réelle ou psychique.

Darina El Joundi termine son livre sur une conférence que May Ziadé avait donné à l’Université Américaine du Caire,  qu’elle avait intitulé Vivre dangereusement ou Lettre de la Littérature à la Société. La littérature peut elle quelque chose?  Vaste débat.

A  la fin de la conférence en tous cas, un jeune homme dans l’assistance s’approcha de May Ziade, qui avait été internée par sa famille sous prétexte de folie,  et lui dit «je voulais juste vous dire que j’aurais souhaité être aussi fou que vous Madame».

Ces «fous»,  May Ziadé, les soufis du Sinaï, Darina El Joundi, la jeunesse arabe révoltée et pacifiste… ont assurément quelque chose à nous transmettre.

Savons-nous les entendre ?

Leur laissons-nous la place pour nous parler ? Darina El Joundi, acclamée à Avignon et dont la pièce Le jour ou Nina Simone a cessé de chanter a été représentée cinq cent fois à travers le monde, y compris dans les Caraïbes, signifie qu’elle ne jouera au Liban que lorsqu’on lèvera la censure. Elle sait que son propos ne passera pas. Qui plus est, elle joue pour, s’adresse à, ceux qui ont envie d’entendre.

Delphine Minoui qui a pris le parti de la parole qu’il en soit, s’interroge  néanmoins : «j’aimerais leur dire (aux jeunes Syriens de la bibliothèque de Daraya) qu’au XXIème siècle un tel drame ne peut rester impuni, que l’équation  «liberté, égalité, fraternité »  aujourd’hui défiée par Daech  reste inébranlable. Mais demain qu’adviendra-t-il ? Demain quand il sera trop tard, la communauté internationale finira-t-elle par se réveiller ? ».

Minoui veut secouer les consciences occidentales quand bien même elle avait voulu croire à la possibilité d’un changement de l’intérieur, en Iran par le passé, tout comme en Syrie plus récemment et que les Syriens eux-mêmes, ne veulent pas d’une démocratie à l’occidentale, imposée par un tiers, même s’ils souhaitent une démocratie. Il n’empêche que le monde ne peut pas se croiser les bras, fermer les yeux, bloquer tous ses sens, devant une tragédie d’une telle ampleur et d’une telle durée.

Le changement n’est possible que si l’on y croit. Delphine Minoui y croit, aussi ténu et lent soit-il. Elle traque ses signaux; May Ziadé y croit, Leila Slimani y croit ; elles cherchent à le faire advenir… avec leurs moyens : «Nous ne sommes pas notre culture, elle est ce que nous en faisons» répète la jeune franco-marocaine, en rien fataliste,  représentante personnelle du Président Macron pour la Francophonie.

La jeunesse a cela de puissant qu’elle n’est pas fataliste ; la lecture a cela de puissant, que c’est elle «qui fait le livre » comme le dit Eric Emmanuel Schmitt : «un livre tout seul ca n’existe pas. La lecture fait appel à l’intelligence ; y compris celle des textes sacrés». Avis à  ceux que cela concerne. Avis de sortie des ornières.

Plein feu de Zena el Khalil sur notre mémoire

Des éclats de noir, de gris, d’écaille, de blanc, dans tous les sens. On dirait des peaux de crocodile, de l’écaille de serpent ; peau de cendre. C’est la keffieh qui est utilisée comme support, pour son motif esthétique, quasi méditatif, et pour ce  qu’elle symbolise sur le plan humain et universel.  Des toiles géantes ; on dirait des mandalas autres, venus d’ailleurs. Du fonds de la mémoire de Zena, du fonds d’une mémoire ancestrale ; d’intérieurs qui explosent dans tous les sens du terme. Des feux transmuant. C’est avec  cet élément, le feu,  qu’elle travaille d’ailleurs puisque ses encres, spécifiques à chaque site proviennent des cendres de ce qu’elle a trouvé sur place et brulé. Le thème de cette exposition commissionnée par la Fondation Merz et par Liban Art, qui investit pendant quarante jours Beit Beyrouth, Musée de la Mémoire,  est la guérison, la réconciliation et la transmutation; le feu étant l’agent de transformation par excellence.

L’artiste qui a vécu de par le monde : Lagos, New York, Londres, etc est habitée par l’histoire de cette terre, la notre, et au-delà par le lien qui nous lie les uns aux autres, qu’elle cherche à apurer par son art. Par une énergie que l’on pourrait qualifier de mystique dont elle se dit le simple agent.  Le processus à l’ origine des œuvres exposées en atteste.  Zena El Khalil,  qu’un long cheminement a mené plus d’une fois en Inde et qui s’est penchée sur les énergies, le reiki, le yoga du son, la méditation  en a infusé son travail. Elle a choisi de débarrasser certains lieux de notre histoire et de la sienne de l’énergie négative qui les charge, offrant ainsi une nouvelle plateforme de rencontre pour la paix et la réconciliation. Il faut noter que la Municipalité de Beyrouth a accepté d’offrir l’espace officiellement pas ouvert, à l’artiste qui y voyait le lieu d’accueil le mieux adapté pour son travail.

Zena el Khalil a travaillé sur des lieux symboliques, abandonnés pour la plupart ou stagnants, comme la prison de Khiam, Souk el Gharb, l’ancienne ambassade des Etats-Unis à Ain el Mreisseh,le Grand Hotel de Sofar, etc. Apres une cérémonie de guérison qu’elle conduit seule sur le lieu, incluant méditation, incinération, tournoiements à la derviches, elle donne sur place les coups de pinceaux avec la peinture faite des cendres du lieu-même. L’œuvre est produite sur place. Elle retourne sur les lieux plus d’une fois si nécessaire pour achever le processus: elle se rendra ainsi à Khiam un nombre incalculable de fois. Elle engage ce travail en 2013, commençant par les maisons familiales de son père à Hasbaya dans le Sud et de sa mère à Aley, toutes deux abandonnées, grevées par un passé de guerre, d’expulsions et d’exactions et continue son périple dans les lieux de mémoire collective. Et si la keffieh palestinienne est un des matériaux de prédilection c’est aussi pour rappeler la nécessité d’adresser les causes et  de revenir à l’essentiel ; l’état actuel du Moyen Orient remontant au conflit israélo-palestinien que  l’on a oublié en cours d’évènements,  signale l’artiste.

Sans être activiste ou quelque «iste» qui soit comme elle le dit, Zena el Khalil est engagée dans son temps et dans son lieu – « Je crée mon propre vocabulaire avec les matériaux, avec ce qui m’entoure. J’essaie d’être vraie; vraie à ce que je suis et  à ou je suis ; ce qui veut dire dessiner à partir de mon propre environnement ». L’artiste qui travaille depuis une vingtaine d’années rappelle dans ce sens aussi que l’art contemporain au Liban et dans le monde arabe est encore relativement très jeune – une cinquantaine d’années – et qu’il appartient aux artistes de la région d’inventer leur propre langage, ce qu’elle fait.  Si elle est intéressée «bien évidemment»  par cette partie du monde; elle est à ce stade plus interpellée par l’universel que par l’identité ; «par les cycles de vie; ce quelque chose qui continue à se transformer ; le cycle continu de la vie et de l’énergie».

C’est  dans cette perspective qu’elle a aussi composé dans des lieux d’énergie positive pour guérir les lieux blessés comme les nôtres : sur le plus haut temple de Shiva au monde, à Tungerath en Inde ; sur les bords du Gange utilisant l’eau du fleuve pour faire son encre, dans l’ashram de Maharichi Mahesh à  Rishikesh ou les Beatles avaient séjourné en 1968. Les thématiques abordées par l’artiste ont évolué, en parallèle de son propre cheminement et de ses pérégrinations : les œuvres de la  première décennie adressaient directement la guerre et la société consumériste capitaliste, la première étant un  produit de la deuxième selon l’artiste, qui utilisait d’ailleurs la aussi un  matériau qui représentait le message lui-même, à savoir le plastic et le pétrole.  Zena el Khalil passe maintenant de la dénonciation à la proposition : «j’ai passé dix ans à dire voila ce qui se passe ; maintenant, c’est  plus comment  on avance ?  Nous sommes informés ; comment on avance ? J’ai moi-même évolué de la carte individuelle à la carte collective. » 

Dans ce même esprit d’embrasser le tout, l’artiste guérisseuse a choisi d’engager le public dans l’expérience s’il le souhaite ; il ne sera pas que spectateur. Durant les quarante jours de l’exposition, une station de peinture de mantras permanente, des ateliers de yoga, de reiki, de méditation du son, etc ainsi que trois soirées poésie autour du thème de la paix et de la réconciliation. La station de peinture de mantras est le prolongement d’un projet d’envergure globale que Zena a monte : les mantras s’articulent autour de mawadda (tendresse), ghefran (pardon), rahma (miséricorde), salam (paix). L’artiste fera au public tous les jours à 17h,  la grâce de sa musique et de rituels de purifications/guérison. Tout un chacun est invité à participer. Son travail avec le son s’insèrera aussi dans une installation dédiée aux 17 000 disparus déclarés : 17 000 lignes vertes, une pour chaque personne qui remplira le deuxième étage de cette bâtisse situe précisément sur l’ancienne ligne verte, ainsi dénommée parce qu’envahie par les herbes folles du temps ou elle scindait la ville en deux. Un morceau de musique de sa propre composition, fait de sons rapportés des différents lieux de travail, reliera l’expérience de cette exposition.

L’art peut clairement être un outil de transformation, de paix et de réconciliation, avec soi et avec le monde, comme le dit Zena el Khalil dans l’un de ses Ted Talk  – elle fait partie du club très exclusif  des 400 Ted Fellows, triés sur le volet à travers le monde. C’est pourquoi elle fait les ateliers pour que le public, non seulement voie mais aussi participe, ressente… Par l’expérience de l’émotion, de la beauté, «par les processus créatifs, les résidus d’énergie négative sont transformés en lumière et en amour» dit l’artiste ouverte à ceux-ci.

Le feu sacré de Zena el Khalil dans le Musée de la Mémoire

Des éclats de noir, de gris, d’écaille, de blanc, dans tous les sens. On dirait des peaux de crocodile, de l’écaille de serpent ; peau de cendre. C’est la keffieh qui est utilisée comme support, pour son motif esthétique, quasi méditatif, et pour ce  qu’elle symbolise sur le plan humain et universel.  Des toiles géantes ; on dirait des mandalas autres, venus d’ailleurs. Du fonds de la mémoire de Zena, du fonds d’une mémoire ancestrale ; d’intérieurs qui explosent dans tous les sens du terme. Des feux transmuant. C’est avec  cet élément, le feu,  qu’elle travaille d’ailleurs puisque ses encres, spécifiques à chaque site proviennent des cendres de ce qu’elle a trouvé sur place et brulé. Le thème de cette exposition commissionnée par la Fondation Merz et par Liban Art, qui investit pendant quarante jours Beit Beyrouth, Musée de la Mémoire,  est la guérison, la réconciliation et la transmutation; le feu étant l’agent de transformation par excellence.

L’artiste qui a vécu de par le monde : Lagos, New York, Londres, etc est habitée par l’histoire de cette terre, la notre, et au-delà par le lien qui nous lie les uns aux autres, qu’elle cherche à apurer par son art. Par une énergie que l’on pourrait qualifier de mystique dont elle se dit le simple agent.  Le processus à l’ origine des œuvres exposées en atteste.  Zena El Khalil,  qu’un long cheminement a mené plus d’une fois en Inde et qui s’est penchée sur les énergies, le reiki, le yoga du son, la méditation  en a infusé son travail. Elle a choisi de débarrasser certains lieux de notre histoire et de la sienne de l’énergie négative qui les charge, offrant ainsi une nouvelle plateforme de rencontre pour la paix et la réconciliation. Il faut noter que la Municipalité de Beyrouth a accepté d’offrir l’espace officiellement pas ouvert, à l’artiste qui y voyait le lieu d’accueil le mieux adapté pour son travail.

Zena el Khalil a travaillé sur des lieux symboliques, abandonnés pour la plupart ou stagnants, comme la prison de Khiam, Souk el Gharb, l’ancienne ambassade des Etats-Unis à Ain el Mreisseh,le Grand Hotel de Sofar, etc. Apres une cérémonie de guérison qu’elle conduit seule sur le lieu, incluant méditation, incinération, tournoiements à la derviches, elle donne sur place les coups de pinceaux avec la peinture faite des cendres du lieu-même. L’œuvre est produite sur place. Elle retourne sur les lieux plus d’une fois si nécessaire pour achever le processus: elle se rendra ainsi à Khiam un nombre incalculable de fois. Elle engage ce travail en 2013, commençant par les maisons familiales de son père à Hasbaya dans le Sud et de sa mère à Aley, toutes deux abandonnées, grevées par un passé de guerre, d’expulsions et d’exactions et continue son périple dans les lieux de mémoire collective. Et si la keffieh palestinienne est un des matériaux de prédilection c’est aussi pour rappeler la nécessité d’adresser les causes et  de revenir à l’essentiel ; l’état actuel du Moyen Orient remontant au conflit israélo-palestinien que  l’on a oublié en cours d’évènements,  signale l’artiste.

Sans être activiste ou quelque «iste» qui soit comme elle le dit, Zena el Khalil est engagée dans son temps et dans son lieu – « Je crée mon propre vocabulaire avec les matériaux, avec ce qui m’entoure. J’essaie d’être vraie; vraie à ce que je suis et  à ou je suis ; ce qui veut dire dessiner à partir de mon propre environnement ». L’artiste qui travaille depuis une vingtaine d’années rappelle dans ce sens aussi que l’art contemporain au Liban et dans le monde arabe est encore relativement très jeune – une cinquantaine d’années – et qu’il appartient aux artistes de la région d’inventer leur propre langage, ce qu’elle fait.  Si elle est intéressée «bien évidemment»  par cette partie du monde; elle est à ce stade plus interpellée par l’universel que par l’identité ; «par les cycles de vie; ce quelque chose qui continue à se transformer ; le cycle continu de la vie et de l’énergie».

C’est  dans cette perspective qu’elle a aussi composé dans des lieux d’énergie positive pour guérir les lieux blessés comme les nôtres : sur le plus haut temple de Shiva au monde, à Tungerath en Inde ; sur les bords du Gange utilisant l’eau du fleuve pour faire son encre, dans l’ashram de Maharichi Mahesh à  Rishikesh ou les Beatles avaient séjourné en 1968. Les thématiques abordées par l’artiste ont évolué, en parallèle de son propre cheminement et de ses pérégrinations : les œuvres de la  première décennie adressaient directement la guerre et la société consumériste capitaliste, la première étant un  produit de la deuxième selon l’artiste, qui utilisait d’ailleurs la aussi un  matériau qui représentait le message lui-même, à savoir le plastic et le pétrole.  Zena el Khalil passe maintenant de la dénonciation à la proposition : «j’ai passé dix ans à dire voila ce qui se passe ; maintenant, c’est  plus comment  on avance ?  Nous sommes informés ; comment on avance ? J’ai moi-même évolué de la carte individuelle à la carte collective. » 

Dans ce même esprit d’embrasser le tout, l’artiste guérisseuse a choisi d’engager le public dans l’expérience s’il le souhaite ; il ne sera pas que spectateur. Durant les quarante jours de l’exposition, une station de peinture de mantras permanente, des ateliers de yoga, de reiki, de méditation du son, etc ainsi que trois soirées poésie autour du thème de la paix et de la réconciliation. La station de peinture de mantras est le prolongement d’un projet d’envergure globale que Zena a monte : les mantras s’articulent autour de mawadda (tendresse), ghefran (pardon), rahma (miséricorde), salam (paix). L’artiste fera au public tous les jours à 17h,  la grâce de sa musique et de rituels de purifications/guérison. Tout un chacun est invité à participer. Son travail avec le son s’insèrera aussi dans une installation dédiée aux 17 000 disparus déclarés : 17 000 lignes vertes, une pour chaque personne qui remplira le deuxième étage de cette bâtisse situe précisément sur l’ancienne ligne verte, ainsi dénommée parce qu’envahie par les herbes folles du temps ou elle scindait la ville en deux. Un morceau de musique de sa propre composition, fait de sons rapportés des différents lieux de travail, reliera l’expérience de cette exposition.

L’art peut clairement être un outil de transformation, de paix et de réconciliation, avec soi et avec le monde, comme le dit Zena el Khalil dans l’un de ses Ted Talk  – elle fait partie du club très exclusif  des 400 Ted Fellows, triés sur le volet à travers le monde. C’est pourquoi elle fait les ateliers pour que le public, non seulement voie mais aussi participe, ressente… Par l’expérience de l’émotion, de la beauté, «par les processus créatifs, les résidus d’énergie négative sont transformés en lumière et en amour» dit l’artiste ouverte à ceux-ci.

Conversation du Soir Beyrouthine

 «Ecrire est la démarche qui consiste à lancer un appel souvent pathétique à la conversation. Ecrire c’est renoncer à l’orgueilleuse solitude pour entrer dans le monde du contact, ce fantastique monde du nous. Alors celui qui dit n’est pas moins important que celui qui écoute. Le mot ne devient parole que lorsqu’il est capté. Ce soir vers vous je vais, avec tendresse ». Nadia Tueni

Un message pour le Liban me demande-t-on ; libre. C’était il y a quelques années, on m’avait demandé ce texte qui n’a pas été publie alors. A l’occasion de l’exposition de Zena el Khalil à Beit Berouth, dont le thème est la réconciliation et la paix qui cherche à nous re-lier au pays profondément, ce texte me revient à l’esprit et j’ai envie de le partager. Pour retrouver ce lien… peut-être.

Un message pour le Liban me demande-t-on . C’est vague. Les idées ne viennent pas d’emblée : quelle orientation donner à ce papier ? Quel message puis-je bien vouloir porter à cette terre de toutes les complexités, à une géographie disloquée par la folie des hommes ? Je ne sais pas comment on s’adresse à un pays, a fortiori comme celui-ci  ;  à cette entité que des siècles d’histoire n’ont pas permis de cerner encore. Comme si on s’adressait à un amant, à une mère, à un maître ? Qui est le Liban ? Il est peut-être tout ceci à la fois pour moi… Après tout faut- il le savoir ? Je l’aime et je veux bien lui «lancer ce pathétique appel à la conversation »  comme dit la poétesse.

Le Liban pour moi sont des hommes et des femmes que j’ai rencontrés, qui m’ont touchée et marquée plus que partout ailleurs ou presque ; peut-être parce qu’il y avait quelque chose de moi en eux ; certains avec qui j’ai pu nouer « une conversation » ; certains dont j’ai pu suivre la pensée et le cheminement ; d’autres dont j’ai pu constater l’engagement, dont j’ai pu être témoin des rêves et des actions qui ont suivi. Plus simplement encore , d’autres dont j’ai pu être récipiendaire de l’hospitalité et de la générosité . Le Liban est pour moi un sol que j’ai foulé, à vélo, à pieds ; nord, sud, mer, montagne, est, ouest… depuis mon enfance, mais surtout plus récemment, ces dix dernières années. Des barrages que j’ai du traverser. Des à priori que j’ai pu casser. Des histoires qui m’ont inspirées. Des poètes, des écrivains, des penseurs, certains qui ne sont plus de ce monde, que je n’ai connus qu’à travers leur œuvre mais qui résonnaient tellement en moi que j’avais presque le sentiment de les connaitre. D’autres bien réels, en chair et en os, des auteurs, des cinéastes, des médecins, des entrepreneurs, des artistes, des architectes, des femmes ; nombreuses…. Une société civile – qui fait au final plus de social que de civil, à défaut d’un système social – des femmes notamment, engagées au plus près du terrain, au fil des ans. Non pas un an, deux ou cinq ans, comme qui vient en mission humanitaire et s’en va une fois la mission achevée ou les fonds exhumés ; mais de manière plus ample : sur le terrain dans l’humain, dans le réel. Durant la guerre mais aussi après la guerre. Après l’excitation et l’instinct de survie. Au-delà de l’intensité d’un temps. Des femmes, des mères, qui s’inscrivent dans une continuité sereine et solide. Auprès des défavorisés, des enfants malades, des retardés, des vieux, auprès des veuves, des illettrés… de tous ceux que nulle structure étatique ne prend en charge. Des femmes et des hommes qui savent reconnaître aussi les talents, la culture… tout ce qui vous fait grandir, et qui les promeuvent. Initiant festivals, marathons, ONG, associations, etc urbi et orbi. Attentats ou pas, Daech ou pas, touristes ou pas.

Avec tous ces hommes et ces femmes j’ai causé en arabe, en anglais, en français… selon qu’il s’agissait de finances, d‘élucubrations métaphysiques, de colère ou de poésie, etc. Ou ailleurs qu’ici pourrais-je parler toutes ces langues à la fois et d’autres aussi ? En arabe, en anglais et en français, je suis allée avec mes longs cheveux blonds et mon air occidental, avec des journalistes européens à la rencontre des habitants des villages du Sud après la guerre de 2006 (1). Je suis allée dans les camps palestiniens de Ain el Heloue, de Nahr el Bared et de Baalbeck (2) ou les femmes ne me laissaient pas repartir sans un sac immense de galettes, cuisinées avec leurs mains nouées par l’âge et par la vie. Elles étaient le plus souvent voilées et elles m’accueillaient parmi elles sans problème, avec mes mèches à l’air, et elles me parlaient… Autrement voilée, une religieuse catholique (qui s’occupait d’adoption et qui portait sur ses épaules le lourd fardeau de secrets de famille et d’une mécanique installée) m’avait livrée avoir choisi -après de longues années- la voie du cœur, à l’encontre parfois de conventions tacites, pour alléger les souffrances d’autrui. Afin de s’inscrire dans son temps, celui de la liberté d’aimer et de donner, comme elle le souhaitait ; celui de la liberté de penser. Les deux femmes voilées avaient ainsi choisi leur camp, chacune à sa façon, celui de lever le voile. «La liberté, c’est l’initiative » dit la psychanalyste Julia Kristeva.

J’ai aimé ces femmes, j’ai aimé ces gens, à Baalbeck ou à Bent Jbeil, à Ehden, à Bourj Hammoud, à Maasser el Chouf… J’ai compris par leur accueil et par l’aisance de notre contact, en les regardant un peu vivre et en partageant quelques moments avec eux que le Liban au ras de la campagne, au ras de la vie, n’était pas fait de dissensions, ni de conflits , ni de venin, ni de religion. Ces gens là, ce terrain là… m’ont donnée espoir, même si un accueil plutôt hostile dans le souk des bijoutiers à Tripoli -lequel est pourtant a priori destiné à la gent féminine- a pu me laisser pensive. C’était en 2007, en 2008. Maintenant, je ne sais pas, je ne sais plus… Mais j’essaie de me souvenir de ceci quand le doute vient semer sa graine d’angoisse et de fantasmes. Oui, c’est bien sur le terrain, dans mon corps, que j’ai éprouvé ce Liban-là… non pas de façon studieuse ou intellectuelle. Non, vraiment dans l’expérience, au plus près des mines, des champs de pavot et des camps de la détresse, auprès de ruines vieilles de mille ans et d’une montagne âpre ou verte et sage d’autant. Au plus près d’un fervent concert de Majida el Roumi dans un palais des émirs comble, au lendemain d’un attentat meurtrier annonciateur de milles peurs, de mille rancœurs… Au plus près de tout cela, il y avait encore de la vie et de l’amitié.

 

 

Sans démarcation

Une envie de partager ce texte écrit et lu a l’occasion d’une soirée poétique dans le cadre de l’exposition de Zena el Khalil a Beit Beyrouth ou la Maison Jaune,  Musée de la Mémoire, autour du thème de la Réconciliation, de la paix , de la guerre et de la mémoire.

Sur la ligne de démarcation, habite un homme que tu aimes

Il t’a pris dans ses bras puis il t’a jetée dehors

Il aimait tes cheveux fins, couleur or

Toi tu aimais sa poitrine enveloppante

Quand tu as voulu le voir plus souvent, il a pensé que tu voulais le contrôler

Quand il t’a invité tel jour et pas tel autre, tu as pensé qu’il te manipulait, qu’il mentait

Lui a monté le ton, toi tu es partie

 

Tu rêvais de faire un enfant avec lui

Tu l’imaginais brillant, replet

Tu n’as rien dit tu es partie

 

Vous avez fait un malentendu tout gros, tout noir, tout sanguinolent

Exactement comme le Liban

 

Toi, je ne pense pas qu’au fond tu veuilles me faire porter le voile

Et moi je ne cherche pas à te voir communier le dimanche

J’ai pense que tu voulais me contrôler, tu as pensé que je voulais te priver

Et on n’a plus rien fait de ce qu’on voulait

On s’est retrouvé à plusieurs reprises le 14 février, le jour de la Saint Valentin,

On s’est aimé, on s’est promis

Et on a vite dévié

 

Tu as écouté le chant des sirènes

Pas celui de tes fameuses tripes

Pourtant on est du pays ou l’on mange les tripes

C’est pour ca qu’on y revient

On n’a pas trouvé le langage des tripes ailleurs

On a confondu tripe et étripe

Tripper n’est pas s’étriper

 

D’avoir trop mangé, notre estomac s’est brouillé

 

Et si tu me parlais, et si tu lâchais

Et si je lâchais

Mes cheveux sont encore en or

Ta poitrine est encore vaste

Que mets-tu dedans à part rancœur ou fantasmes et non dits ?

Des kilos de non dits qui provoquent ton reflux, ton apnée du sommeil ?

Des kilos de non dits qui vont dans le musée de l’écriture ou de la mémoire ; le musée de la guerre

 

Je n’aime pas les musées ; ils figent tout

Un musée n’en est un que s’il est visité

Revisite le musée de cette mémoire que tu as figé

Pour ne pas me rencontrer encore et encore

 

Mais on est tous deux atteints ;  la «libanite»

Alors viens

Prends-moi dans ton cœur

Dansons sur la ligne de démarcation

 

Tu sais même pendant la guerre, elle était envahie de plantes sauvages, d’herbes folles.

 

On ne peut pas faire l’un sans l’autre, de chaque coté de la ligne

La ligne est triste

 

Tu as émigré, tu as continué à m’éviter … et à  parler de moi

Tu peux juste dire pardon, désolé si je t’ai blessé

Si tu le sens, si c’est vrai

Moi aussi, j’ai envie de te dire pardon,

Tu peux entendre ?

Il suffit de très peu tu sais

Ne me raconte pas à chaque fois tout ce qui ne va pas ou plutôt ce qui n’allait pas

Ton livre et mon livre c’est l’espérance non ?

On est tous les deux du parti du livre, non ?

Alors li-aisons

Les cris de révolte sont souvent des chants d’amour

Ziad Doueiri crie dans son dernier film, l’Insulte. Il est arrêté net quand il crie. Le Liban fait son cinéma, après tant de temps de silence. On ne pouvait pas ne pas le faire ce cinéma. Certains tentent de le réduire au silence pour maintenir le statu quo pervers, empêtré dans le passé, chaotique. Prétendu refus de stabilité ; rester sur le fil du rasoir, plus excitant, plus facile. La guerre en permanence pour se sentir en vie. Maintien paradoxal d’une autre stabilité, ou plutôt stagnation, celle de la guerre continue, sous des formes diverses, en opposition même avec le mouvement de la vie.

Un internaute commente qu’il est resté silencieux à la fin de l’Insulte tant il fut touché, mais il poursuit que c’est bien pour cela qu’il a choisi la posture de touriste dans le pays, tel l’avocat dans le film ; pour mieux encaisser les chocs à subir, pour ne pas se laisser toucher. En dépit des chocs, je ne voudrais pas être touriste dans mon pays ; je ne voudrais pas être touriste dans ma vie, ou dans ce monde. Un touriste est condamné à errer; à goûter sans savourer, à jouir sans aimer ; un homme engagé un peu moins, peut-être. Dans la mesure où l’on n’est pas un touriste, on est en droit de crier. Crier est-il systématiquement une passion triste ? Il y a une différence entre le silence imposé parce qu’il est convenu, au pays de toutes les convenances, même celles qui tuent ; et celui que l’on a choisi… pour quelque obscure raison. Il y a silence et silence – on a envie de parler à celui qui a envie d’entendre.  Il y a colère et colère. Il y a du feu dans les colères de Doueiri et de la noblesse ; avoir le courage de ses enthousiasmes, de ses goûts et dégoûts est sans doute une marque de liberté prodigieuse.

On est présenté officiellement par le gouvernement à Venise, et on est arrêté par ce même gouvernement chez soi. On est acclamé à la Mostra, on est nié chez soi, sous des prétextes clairement fallacieux. Par l’ordre ancien qui n’en finit pas de mourir et qui se dit moderne. Même si on fait son cinéma ailleurs, c’est au premier concerné qu’il s’adresse. Lorsqu’il ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd, lorsqu’il tombe dans les yeux de celui à qui il s’adresse, l’auteur se réconcilie avec l’autre et avec lui-même. C’est ce qui s’est passé avec Ziad Doueiri lors de la première à Beyrouth. C’est aussi ce que disait Wajdi Mouawad, profondément ému, il y a quelques années au théâtre Monnot à l’issue de la représentation de Seuls. Mouawad était fâché avec le Liban depuis longtemps.

Cette même semaine est une semaine sous le signe de la réconciliation, de l’expression sous toutes ses formes : Ziad Doueiri au cinéma, Zena el Khalil à Beyt Beyrouth, Ourouba au Beirut Art Fair. Et la Fondation Liban Cinéma présente durant la Nuit des Mabrouk des courts métrages produits dans le cadre de Factory Lebanon, un travail à deux, une conversation entre jeunes cinéastes d’ici et de là. Les enfants de la guerre se réveillent, se rebellent. Ils ne veulent plus de guerre, mais pas au prix de l’omerta. Ils disent leurs aspirations, ils disent leur cheminement, ils disent leur douleur. Ils n’en ont pas honte. Si leurs aînés se sont soumis ou résignés, eux dansent avec la vie… et ses ombres. Ils tentent du moins et ils n’enterrent pas la mémoire d’un revers de la main. Ils ne jettent pas le bébé et l’eau du bain ; ils explorent d’autres formes de scénarios.

Ce bouillonnement créatif qui surgit comme jamais, porte-t-il une annonce en lui ? Pourra-t-il charrier sur son chemin les forces du doute, de l’enlisement et de tous les prophètes du cynisme ? S’il n’a pas vocation à changer l’ordre social ou politique, comme le dit Ziad Doueiri, il est en tous cas éminemment porteur de vie. Si ce n’était que ça, ce serait déjà bien. Si les blessures pouvaient rendre plus humain, plutôt qu’empierré, ce serait déjà ça. Si le cinéma de Ziad Doueiri pouvait montrer que nous partageons tous une même humanité, ce serait déjà ça. Et que l’impact soit plus fort que sur cet internaute en colère, ouvert à se laisser toucher seulement cinq minutes, ce serait déjà ca. Peut-être pour cela faudrait-il voir et revoir ce film x fois.  Les grandes empreintes, les grandes rencontres requièrent plus d’une fois ; le champ des possibles aussi. «Tout le monde savait que c’était impossible. Il est venu un imbécile qui ne le savait pas et qui l’a fait», dixit Marcel Pagnol, repris par Franz-Olivier Giesbert à propos de la reforme de l’éducation nationale en France. Oui, la réforme est possible. Ne pas prendre le mot imbécile au pied de la lettre. «Il est venu un courageux, un juste, un  cinéaste, un poète, etc qui ne le savait pas et qui l’a fait.»

Article publie dans l’Agenda Culturel, ma rubrique Bloggeur

http://www.agendaculturel.com/Nicole_V_Hamouche_Les_cris_de_revolte_sont_souvent_des_chants_d_amour

 

Inachevé

Ça a quelque chose de laid l’inachevé. Un immeuble géant se dresse en face de chez moi, tout en béton sans peinture avec les échafaudages.

Ciment et ferraille, de mauvais gout, obstruant la vue. Il parait que ça dure depuis des années, des décennies.  Une construction que l’on a abandonnée en plein route ; parce qu’on ne sait pas quoi en faire, parce que les propriétaires sont en conflit ; et/ou qu’ils n’en ont plus les moyens. Et puis on laisse tomber et on va ailleurs ; le grand édifice qui a de la gueule, qui aurait pu héberger mille histoires de vie se trouve vide. Une coquille; vide, en état de friche. La nostalgie de ce qui aurait pu être : terrifiante.

Pire que la nostalgie de ce qui a été. C’est bien cela notre drame ici, la nostalgie de ce qui aurait pu être. Des initiatives commencées avortées; coupées court ; des révolutions qui n’ont pas fait tout leur tour;  des bâtisses inhabitées, comme nos êtres.

Il y a quelque chose de laid dans l’inachevé ; comme un médecin qui une fois l’opération terminée oublie de bien suturer; ou qui oublie la gaze au-dedans. Et c’est l’infection. Nous aussi, nous laissons les blessures béantes et nous en allons. Pensant que l’oubli ou la diversion  pansera.  Mais le diable se loge dans les détails. L’élégance aussi.

On est inélégant et on s’en vante. On laisse l’immeuble débraillé, l’histoire en plan, les rues à moitie refaites, une partie asphaltée, l’autre pas ; l’une plus haute que l’autre, au risque d’un accident ; on s’en fout. Une station électrique,  une décision exécutive, une loi étudiée, une étude payées une fortune, abandonnées en chemin ou rangés dans les tiroirs du Parlement ou d’un fonctionnaire de la Banque du Liban. Et on passe à autre chose. On laisse tout dans les tiroirs.  Inachevé.

On manque de souffle. A la première difficulté, on ressort l’argument du passé : on a déjà essayé, ça n’a pas marché, ça ne changera jamais. Exutoire facile et usage de grands mots pour ne pas s’atteler à la tache.  Ou alors on achève, en le démolissant, le passé d’un coup de main ou  de mots,  comme on le fait d’un coup de mortier  avec ces anciennes demeures beyrouthines, sans même se pencher avant de les renvoyer a  terre, sur leur beauté, sur leur âme, sur leur capacité d’accueil et surtout sur la possibilité de les retrouver, de les métamorphoser. Exit la conversation avec les ombres… On a peur des ombres. Plus difficiles, plus longues à appréhender.

Résultat des courses : le Musée de la Mémoire ou Beit Beyrouth reste fermé au public alors que les travaux sont finis depuis plus d’un an. Parce qu’on ne sait pas comment gérer notre mémoire ; parce qu’on l’évite. L’artiste Zena el Khalil obtiendra cependant l’autorisation généreuse,  de la Municipalité de Beyrouth, d’y faire une exposition en septembre, autour du thème de la Paix et de la Réconciliation.

Il fallait un lieu symbolique pour une telle thématique ; l’exposition engagera le public s’il le souhaite dans ce processus de création et de transformation des énergies. Des expériences diverses sont prévues. Ce n’est pas parce qu’on n’a dit mot et qu’on a fait semblant d’avancer que la réconciliation est acquise. Elle fait appel à un processus, à  un minimum de rituels, etc.  Ce n’est pas parce qu’on a pris le permis de construction que l’immeuble est terminé ; et qu’on peut le vendre et souvent le laisser en plan… C’est bien là que le travail commence.

On célèbre souvent un peu vite et en grande pompe le lancement de telle ou telle initiative, oubliant l’engagement et le travail qu’elle suppose pour porter des fruits. Le bureau du premier ministre convie un public venu nombreux au Sérail pour l’annonce du lancement de la plateforme digitale DiasporaId – non opérationnelle encore –  initiée par la société Netways,  et qui a pour but de recréer des liens entre les libanais de la diaspora et le pays.  On applaudit à l’ingéniosité de l’idée. Les médias sont tous au rendez-vous. On veut croire à une autre sorte de révolution : digitale, globale, etc qui réunira tout le monde en amour; mais l’ombre du passé plane comme une épée de Damoclès.  On craint l’inachevé.

On n’entame plus parce qu’on a peur de l’inachevé ; parce qu’à force, il laisse un reflux amer : la frustration de ne pouvoir aller jusqu’au bout; un sentiment d’impuissance… Tout le contraire de la légèreté à laquelle on croyait parvenir en fuyant, précisément dans l’inachevé. On est une société qui craint l’épaisseur, on s’est mis au régime ; on a peur du poids des mots, le poids des actes, le poids des choses. Alors les mots ne comptent pas, les actes n’existent pas ; les hommes encore moins. Les deux risquent de peser. Qu’est ce qui compte ? Pour être achevé ?

Ourouba, l’arabité à l’honneur au Beirut Art Fair

Si la Beirut Art Fair fait partie des grands rendez-vous régionaux de l’art, elle se distingue surtout par la place qu’elle fait aux talents émergents dans cette partie du monde et par son positionnement comme plateforme culturelle.

Une plateforme de «découverte, de redécouverte, et de liberté d’expression» comme l’a précisé Laure de Hauteville, fondatrice et directrice de la foire qui souligne également que la sélection de la BAF est particulière au Liban ; à ce regard libanais, différent du regard à l’Ouest ou dans le Golfe.

«Le Liban est un pays qui peut aller au delà de la censure même par rapport à  l’Ouest », avance la directrice.

Parce que même en Europe, il y a un politiquement correct, quoique différent du politiquement correct de l’Est. C’est ainsi que la BAF en tant que catalyseur culturel, est soutenue par l’Institut Français et l’ESA et par l’Office de Tourisme du Liban, les Ministères du Tourisme et de la Culture en plus des principaux mécènes, les banques SGBL et BankMed.

L’Espace Revealing de la SGBL révèle de nouveaux artistes, qui seront « les stars de demain » selon l’expression de Mme de Hauteville. Le prix de la banque Byblos pour la photographie encourage de jeunes  artistes sur ce créneau qui a de plus en plus d’adeptes. Dans cet esprit de découverte, la palme de cette édition de la BAF reviendra sans doute à l’exposition Ourouba, The Eye of Lebanon dirigée par Rose Issa – spécialiste en art contemporain du Moyen-Orient –  dans le prolongement  d’ Arabicity et d’Arabicity II, organisées par elle respectivement en 2010 à Liverpool et en 2011 au Beirut Exhibition Center. Ourouba, se penche sur les préoccupations conceptuelles, esthétiques, sociopolitiques, y compris émotionnelles, du monde arabe aujourd’hui. « Qu’est ce qu’être arabe aujourd’hui »,  s’interroge Rose Issa.

Cette grande dame aux cheveux blancs, au regard clair, doux et vivant, un somptueux collier de nacre rose autour du cou précise avoir toujours travaillé avec des artistes vivants et être guidée dans son choix par la beauté et la pertinence tout simplement.    «Quelque chose qui vous touche vous parle ce n’est pas rien» dit-elle. Rose Issa nous rappelle à l’essentiel, de même que l’art. «Je veux voir la beauté de la vie, le plaisir » dit Rose Issa.

«Comment trouver la beauté dans la laideur ? Comment trouver de l’ordre dans le chaos ? »  et,  plus délicat, « comment se voit-on ?».

La commissaire a choisi de se concentrer pour cette exposition sur l’art des dix dernières années dans le monde arabe, empreintes de « violence et d’humiliation ».  Il y a une urgence à dire certaines choses dans cette partie du monde, une urgence à ordonner dans «cette fragmentation que l’on nous impose»; l’urgence de «la survie». C’est celle-ci que Rose Issa veut mettre en avant.

«Tout le monde veut la laideur de notre pays, de cette partie du monde ; la face noire du monde arabe » dit-elle référant aux media, aussi bien à l’Ouest qu’à l’Est. « Moi, j aime la beauté ; je veux la découvrir ici et faire partager ce plaisir avec le reste du monde. Je veux promouvoir ce que j’aime. J’ai confiance dans les choses qui me touchent, qui font bouger quelque chose en moi».

Après trente cinq ans dans le domaine, Rose Issa peut se fier à son instinct, à « l’intelligence de son œil» pour reprendre son expression…

Et nous ne pouvons qu’attendre le choix intelligent de cet œil de femme de cœur, mi-iranienne, mi-libanaise, ayant sillonné le globe, contemplé et admiré tout genre d’expression ici et la : cinéma, poésie, calligraphie, arts visuels, etc et ayant commissionné des expositions sur le Moyen Orient, pour les plus grandes institutions muséales tels que la Tate Modern, Barbican Art Center, Victoria and Albert Museum, etc

«Tant de gens n’ont plus rien à dire» déplore-t-elle.

Le choix des œuvres de Ourouba émane des enjeux de survie, physique, morale et intellectuelle, dans le monde arabe et du désir de lutter contre l’ignorance de part et d’autre, encore une fois à  l’Est tout autant qu’ à l’Ouest. Pour cela, Rose Issa a choisi de produire les artistes qui rendent hommage à la vie, à  la résilience, à la beauté. Elle cite pour exemple, Ayman Baalbacki, Taghrid Darghouth, Marwan Sahmarani, Abdel Rahman Katanani qui vit encore dans les camps palestiniens au Liban…

Les œuvres sélectionnées aborderont les thématiques du présent, de la mémoire,  de la destruction et la reconstruction,  du conflit, etc et questionneront les enjeux individuels, nationaux et régionaux : « pourquoi faisons-nous ce que nous faisons et acceptons-nous que cela soit fait ? Comment résister aux clichés, à l’injustice, aux double standards, à l’opportunisme et, parfois même, aux sollicitations ? »

Rose Issa aime les questions : tout comme les artistes. Peut-être que poser la question c’est déjà cheminer… La vie et la mort sont si proches  rappelle Rose Issa  qui revient sur cette finitude dont la conscience plus aigue dans cette partie du monde,  nous pousse à vouloir contribuer et créer avec fureur; avant de partir. Cette activiste à sa manière, elle, l’a compris depuis longtemps : depuis 1982 ou, installée à  Paris elle initiait un festival de cinéma, intitulé Occupation et Résilience, pour manifester à l’encontre de l’occupation au Liban; et en 1986, ou elle prenait en charge la Kufa Gallery à Londres, devenue le lieu de rassemblement et de promotion de nombreux artistes arabes, de tous horizons.

La commissaire de Ourouba est assurément une des personnalités qui ont contribué à diffuser l’art contemporain moyen oriental à  l’Ouest, sachant que depuis le célebre 9/11, la curiosité de l’Occident pour le monde arabe s’est décuplée, à l’aune également de travaux d‘artistes acclamés comme Mona Hatoum ou Guiraguossian.

“Dommage qu’il faille des guerres et des conflits pour susciter l’intérêt“ répéte Rose Issa comme pour elle-même.

Pour conclure, en s’interrogeant dans ce paysage sur ce qui reste,  sur la nécessité de “produire“. Une invitation à  la création et à  la participation.

Meprise

Je ne savais pas le nom du spectacle; je savais que c’était Issam Abou Khaled et le Festival Samir Kassir, alors j’y suis allée. J’ai toujours aimé le concentré de ce dramaturge et comédien. J’ai toujours aimé son côté hors des sentiers battus. J’ai été époustouflée par ce texte, Carnivorous, tout aussi concentré de notre époque avec tous les rebondissements et les montagnes russes dignes du théâtre et du théâtre de nos vies. Des jeux dont on se demande comment on sort indemne ou presque. Indemne, l’est-on vraiment ? Si on en sort d’une façon ou d’une autre, c’est grâce à des Issam Abou Khaled, à l’art, aux arts vivants, à ces créatifs qui innovent, s’amusent, osent aller dans le nouveau, et dans la simplicité, dans une époque surchargée et surpeuplée.
Sur scène, rien qu’un canapé et deux individus, puis trois, et toute la tragédie humaine ; du XXIe siècle en Orient. Des attentats qui vous enlèvent la vie du jour au lendemain ; le doute ; l’usure du couple. De la technologie qui envahit les existences, de la mère comme du fils chacun à sa manière. De l’isolement, de la volonté de se refaire, la chirurgie esthétique : se refaire les seins pour exister, être vue, être touchée.
De l’enquêteur inquisiteur, voyeur et violeur. L’enquêteur, crapule à l’image de toutes les crapules qui sévissent dans les sociétés de non-droit, comme la nôtre. La sidération. Le mari tétanisé ne hurle pas sa colère, sa douleur, conseille à sa femme de se laisser faire, sans bouger. La sidération, la peur. Notre société. L’enquêteur est passé sur leurs vies, les a éclaboussées. Et puis rien. On continue comme si de rien n’était. Le silence et l’évitement et puis on découvre la méprise, trop tard ; le mal a été fait. La pièce se termine sur la méprise. Toute notre existence ici est-elle basée sur une méprise ? « Le Liban, une erreur de l’histoire », comme l’aurait dit Henry Kissinger ? Issam Abou Khaled nous laisse avec la méprise. On en fera ce qu’on voudra… On sort la gorge nouée.
Le jour même ou la veille – ces jours se ressemblent –, on est sidéré par l’assassinat inepte et sauvage d’un jeune étudiant qui fêtait son anniversaire. Buté à bout portant par des voyous récidivistes, affiliés à tel ou tel autre maffieux ou seigneur de la guerre, pas finie. Les réseaux sociaux s’excitent, peine de mort ou pas… pour oublier quelques jours plus tard. L’actualité du jour supplante celle d’hier. C’est ainsi que l’on a survécu, d’accord ; mais c’est aussi comme cela que l’on meurt. Entre-temps, un jeune homme est mort et une mère éplorée pleure son enfant. Lui survivra-t-elle? Ils ne sont pas les premières victimes de la loi de la jungle. Quand les mères n’existent plus, ne peuvent plus donner, plus rien n’est possible.
Et puis quand on l’a un peu digérée, on se demande pourquoi une telle pièce qui mérite d’être jouée partout dans le monde tant elle soulève une problématique, devenue hélas, commune, ne passe qu’un soir. Toute représentation d’un soir ne passerait pas par les crocs de la censure. Au-delà, elle doit aller montrer patte blanche. Le drame de la censure, c’est qu’elles génère l’autocensure. En espérant que cette première fasse preuve d’intelligence et d’humour… Au lieu d’être fies de nos productions dignes souvent du meilleur théâtre international, nous les étouffons dans l’œuf comme nous étouffons toutes nos fortes productions, la révolution du Cèdre en premier. On a envie de hurler, de crier : stop, arrêtez… de gueuler : arrêtez de tout étouffer dans l’œuf et de tout faire avorter. Et puis on se console avec Marguerite Duras : « Écrire, c’est hurler en silence. »