Roses et descansos

L’envie de partager, en ce 15 août, à l’occasion de la fête de la Vierge ce texte écrit il y a six ans.

Je passe devant cette petite vierge dans sa boite en verre devant l’hôpital à coté de chez moi. Est-ce la proximité de l’hôpital qui a voulu qu’elle prenne place ici, pour veiller sur les malades, sur les soignants ? Quelqu’un y a déposé un bouquet de fleurs :  des roses, roses, rouges, un petit mélange, un gentil bouquet qui est resté la, dehors, par mauvais temps. Qui avait bien pu le déposer ? Une jeune femme désespérée, un homme malade, une mère ? Était-ce pour implorer la vierge ou pour la remercier ? A-t-on le courage d’offrir des fleurs lorsque l’on est en désespoir, en demande ? Pourquoi pas ? Ne peut-on vouloir donner même lorsque l’on n’a plus rien à donner? Et le plus beau c’est qu’aucun passant n’y a touché; aucune jeune femme n’a été tentée de l’emporter, aucun ouvrier syrien de l’offrir à sa dulcinée. Il est resté là des jours et des jours, sans se faner… Est-ce la pluie qui l’a entretenu sans même le renverser ou alors la proximité de la vierge bienveillante ? Et c’est sans doute le jour où il s’est fané que quelqu’un l’a retiré ? Était-ce la même main qui l’avait déposé ou alors un voisin qui y veillait ? Entre temps, la Vierge avait-elle exaucé les prières de l’offrant ?

Je n’avais pas remarqué avant ces dernières années le nombre de vierges qui jalonnaient la ville et le pays. Dans plein de rues d’Achrafieh notamment, à des angles de rue plutôt, se trouvaient ces madones enfermées dans de petites boites avec un peu de fioritures. Je me suis prise d’affection pour ces mères de plâtre qui vous éclairaient le chemin. Sauf que j’appris que ces icônes étaient placées là à chaque fois pour commémorer une mort sur les lieux : accident de voiture, crime ou autre. Comme au Mexique, les descansos, des petites croix blanches sur le bord des routes, recouverts souvent de fleurs, naturelles ou artificielles ou de paille. La fin d’un parcours terrestre. Ces vierges priées, célébrées là où des histoires se sont arrêtées, permettaient-elles à d’autres histoires de voir le jour ou de continuer pour racheter les stops brutaux qu’elles symbolisaient ?

 

 

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