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Ulysse au début du voyage, Pénélope en repartant. Pas vraiment l’envie d’être en mouvance permanente. Cesser l’errance. Des envies de Pénélope, de tisser… avec une flopée de soupirants autour, comme elle, ça ne dérange pas. Sans eux aussi ; avec des soupirants d’une autre nature, ces hommes et ces femmes grecs ; heureux d’être tout simplement, de vivre. Des hommes et des femmes au naturel ; qui aiment la bouffe, la nuit, le corps et la lenteur ; Dieu, une odyssée ! Des hommes et des femmes, des femmes surtout qui ont fait leur propre chemin : Julia la céramiste, Reiki master et férue de yoga. La galeriste de Métamorphosis qui, durant sa maternité, parallèle à la crise, cogite, pour ouvrir au final cet espace, somptueux de créativité qu’elle conjugue avec son activité d’architecte et de mère. «Je travaille tout le temps ; mais je fais ce que j’aime». Des quadragénaires qui vivent à Sifnos, dans l’île été comme hiver, à l’aise. Magda, la prof de yoga qui a mis des affiches partout: pas de barrières, pas d’entraves, pas d’expectatives. « Il y a des élèves durant l’année ? Oui, tout le temps». Ces hôteliers cuisiniers bienveillants : Stamatis et Apostolos ; «relax», «souris, s’il te plait, souris». «On va boire du vin ; un pichet quand tu reviens». Ils soignent par le vin, l’ouzo et leur accueil et leur feu intérieur. Ils parlent français, anglais. «Je l’ai appris avec vous le français»; «vous» c’est les touristes, les hommes et les femmes. Le contact du réel, des êtres non des livres, lui a appris la langue. De l’accueil.

Ils sont grecs mais ils ont choisi une île au lieu d’Athènes : une aventure personnelle plus que physique. Une aventure qui ne se déploie pas dans la géographie mais en soi. Des Italiens, des Français, des Allemands, des grecs qui vont et viennent ; ceux qui vivent à moitié ici, à moitié là; avec grâce. Pas besoin d’être là ou là-bas. Enfin, pas de catégories nécessaires. Nikos, iconographe, peintre, diplômé en théologie, circule entre Rome, Athènes et Sifnos; entre Byzance et la modernité et offre aux cotés de ses icônes au Mont Athos et dans des églises de Rome et d’Athènes, des collages qui conservent tout le mystère et la puissance de celles-ci, émanation d’un art infusé de prière et de contemplation. « La vie elle-même comme ondoiement, comme déploiement, la vie à fines gouttelettes plutôt que comme une tornade ou un fleuve impétueux. Une lumière plutôt qu’une force», Éloge de la lenteur, Pierre Sansot.

La lenteur ; il faudrait des mois de Grèce pour l’accepter dans son corps: «La lenteur ne signifie pas l’incapacité d’adopter une cadence plus rapide. Elle se reconnaît à la volonté de ne pas brusquer le temps, de ne pas se laisser bousculer par lui, mais aussi d’augmenter notre capacité d’accueillir le monde et de ne pas nous oublier en chemin » poursuit le même Sansot. Ralentir, tisser. Même Ulysse a pris son temps. L’odyssée, une histoire de chemin plutôt que d’Ithaque.

Ralentir, faire ce que l’on aime, explorer, revenir. Ne pas culpabiliser de l’exploration ; des chemins de traverse plutôt que de la ligne droite, des contours en pointillés que du gros feutre noir. Accepter que ca se prépare ; accepter de prendre le temps. Politique des petits pas à l’époque de l’instantané, de la consommation, de la dévoration, du tout ou rien ; est-ce possible? Effleurer plutôt qu’afférer ? Effleurer plutôt qu’empoigner? Est-ce possible en ce XXIème siècle ? Peut-être qu’alors les êtres, notre être, consentiront à être et nous livreront ce qu’ils sont. Qu’au final Pénélope ne serait pas moins mythique qu’Ulysse ?

 

 

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